poil

poil [ pwal ] n. m.
peil 1080; lat. pilus
1Chacune des productions filiformes qui naissent du tégument de certains animaux ( villosité), et spécialt de la peau des mammifères. Tige, racine du poil ( 2. bulbe) . Poils des ovidés ( laine) , du porc ( 1. soie) , de la tête et de la queue du cheval ( crin) . Touffe de poils. Chat, chien qui perd ses poils ( pelé) . « Un vieux chat galeux, [...] presque sans poils » (Loti). Poils tactiles.
Ces productions utilisées dans la confection d'objets. Les poils d'une brosse, d'un pinceau, d'un blaireau, etc.
2 ♦ LE POIL : l'ensemble des poils. ⇒ 1. pelage; fourrure. Gibier à poil (opposé à gibier à plumes) . Poil ras, court, long. Poil lisse, frisé, laineux. Poil soyeux et fin, luisant, lustré. Un beau poil. Dans le sens du poil, celui dans lequel il est couché (opposé à à contre-poil, à rebrousse-poil). Caresser un animal dans le sens du poil. Couper le poil. tondre. Brosser, peigner le poil d'un animal domestique. Vx Monter un cheval à poil, sans selle, à cru.
Par ext. Peau d'animal garnie de ses poils (et ne méritant pas le nom de fourrure), utilisée dans l'habillement, etc. Bonnet en poil de lapin. « ils y plantent leurs tentes, qui sont faites de poil de chèvre » (Buffon). Bonnet à poil, garni de poil. — Manteau en poil de chameau.
3Cette production chez l'être humain, spécialt lorsqu'elle n'est ni un cheveu, ni un cil, ni un sourcil. Les poils du visage ( 1. barbe, moustache) , des aisselles, du pubis. « ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, [...] annonçaient une force extraordinaire » (Balzac). Poils follets. duvet. Érection des poils. horripilation. Chute des poils. alopécie; dépilation. Fam. Ne pas avoir un poil sur le caillou. N'avoir plus un poil de sec : être trempé de sueur (sous l'effet de la peur). — Vieilli Brave à trois poils : fanfaron, matamore.
♢ LE POIL, DU POIL : l'ensemble des poils. ⇒ pilosité (cf. Système pileux). Avoir du poil sur tout le corps ( 1. poilu, velu) , du poil au menton ( barbu) .
4Loc. fig. Avoir un poil dans la main : être très paresseux. « en voilà trois qui ont un fameux poil dans la main » (Zola). Tomber sur le poil (à qqn) :se jeter brutalement sur qqn pour l'attaquer; l'aborder d'une manière importune (cf. Tomber sur le paletot). Carder le poil à qqn. Reprendre du poil de la bête : se ressaisir (cf. Reprendre le dessus). — De tout poil, de tous poils : de toute espèce, en parlant des gens. « des socialisants de tous poils » (Martin du Gard).
Fam. À POIL : tout nu. Se mettre à poil : se déshabiller.
À un poil près : à très peu de chose près. ⇒ cheveu. Il s'en est fallu d'un poil, de très peu. — Pas un poil : pas du tout. « Je ne suis pas superstitieux un poil » (Céline).
Loc. adv. (1907) Fam. AU POIL : exactement. « Je l'ai eu, mon train de sept heures quinze, quand même, mais au poil » (Céline). Ça marche au poil, très bien. — Au petit poil, au quart de poil : tout juste cf. Pile-poil. — Loc. adj. (1915) Fam. Être au poil : très bien, très satisfaisant. « Pas question de changer de politique étrangère. Celle qu'on a choisie est au poil » (Aymé). Exclam. Au poil ! parfait !
Fam. Être de bon, de mauvais poil, de bonne, de mauvaise humeur. « Je suis de mauvais poil, dit Mathieu » (Sartre).
5Chacun des filaments très fins qui apparaissent sur les organes (de certaines plantes). Plante couverte de poils ( pubescent; cilié, hispide, velu) . Poils du fond d'artichaut. 1. foin. Poils de graines utilisés comme fibres végétales. coton, kapok. Bot. Poils absorbants : poils fins de la racine par lesquels la plante se nourrit. — POIL À GRATTER : bourre piquante des fruits du rosier ( gratte-cul) ; matière analogue faisant partie des farces et attrapes. « un mauvais farceur avait couvert mes draps de poil à gratter » (A. Gide).
6Partie velue d'un tissu. « un invraisemblable chapeau gris à grands bords et à grands poils » (Maupassant). Les poils d'un tapis.
7Techn. Se dit de différentes qualités d'ardoises. Poil noir, roux.
⊗ HOM. Poêle.

poil nom masculin (latin pilus) Chacune des productions filiformes qui se montrent sur la peau de certains animaux ; ensemble de ces productions couvrant, en tout ou en partie, le corps d'un animal : Chien à poil ras. Production filiforme chez l'homme ; ensemble des poils, et en particulier la barbe : Avoir le poil dur. Pelage de certains animaux, considéré du point de vue de la couleur : Cheval de poil noir. Pelage des animaux traité pour servir à divers usages : Bonnet de poil. Chacun des filaments de matière animale, végétale ou synthétique montés sur une brosse, un pinceau, etc. Bouclette ou brin de fil coupé donnant à l'étoffe son caractère propre : Tapis qui perd ses poils. Filament cylindrique porté par un organe végétal. ● poil (difficultés) nom masculin (latin pilus) Orthographe Du gibier à poil, sans s, comme du gibier à plume. → plume. Registre À poil (= tout nu) et au poil (= exactement, tout juste) sont du registre familier. ● poil (expressions) nom masculin (latin pilus) Familier. À poil, tout nu. Familier. À un poil près, d'un poil, à très peu de chose près, de très peu. Populaire. Au poil, à la perfection ; remarquable, excellent. Familier. Avoir un poil dans la main, être très paresseux. Familier. De tout poil, de toute espèce, de tout acabit. Familier. Être de bon poil, de mauvais poil, être de bonne, de mauvaise humeur. Ne pas (plus) avoir un poil de sec, avoir les vêtements trempés ; transpirer abondamment ; avoir très peur, ne pas en mener large (familier). Poil à gratter, bourre du fruit du rosier utilisée comme farce pour causer des démangeaisons. Familier. Reprendre du poil de la bête, reprendre des forces ou du courage. Familier. Tomber sur le poil (de, à quelqu'un), l'aborder par surprise, l'attaquer à l'improviste avec vigueur. Familier. Un poil de, un tout petit peu, un minimum de. ● poil (homonymes) nom masculin (latin pilus) poêle nom féminin poêle nom masculinpoil (synonymes) nom masculin (latin pilus) Chacune des productions filiformes qui se montrent sur la peau...
Synonymes :
Pelage de certains animaux, considéré du point de vue de...
Synonymes :
Filament cylindrique porté par un organe végétal.
Synonymes :

poil
n. m.
d1./d Production filamenteuse de la peau des mammifères. Poil noir, laineux. Poil de chèvre.
d2./d Le poil: l'ensemble des poils, le pelage. Gibier à poil.
|| La peau et les poils de certains animaux. Col en poil de lapin.
d3./d (Chez l'homme.) Cette production, à l'exception des cheveux. Poil des bras.
Avoir du poil au menton, de la barbe.
d4./d Loc. De tout poil ou de tous poils: de toute espèce, en parlant de personnes. Gens de lettres, artistes et intellectuels de tout poil.
Reprendre du poil de la bête.
|| Fam. Avoir un poil dans la main: être très paresseux.
être de bon, de mauvais poil, de bonne, de mauvaise humeur.
à poil: tout nu.
Au poil: très bon, parfait.
d5./d Par anal. Chacun des filaments très fins dont certaines plantes, ou certaines parties des plantes, sont couvertes. Les poils des orties. Poils absorbants des racines.
d6./d Partie velue de certaines étoffes.

⇒POIL, subst. masc.
I. A.— ANAT. HUM. ET ANIM. ,,Phanère cutané ayant l'aspect d'un filament flexible et résistant, dont l'extrémité libre est plus ou moins effilée, alors que celle qui est enchâssée dans la peau est légèrement renflée (bulbe) et excavée en son milieu pour loger une papille dermique`` (Méd. Biol. t. 3 1972). Les paupières sont bordées de cils, poils raides qui arrêtent les poussières (CAMEFORT, GAMA, Sc. nat., 1960, p. 232). Le poil se compose de trois couches distinctes : l'épiderme, la substance corticale et la moelle (QUILLET Méd. 1965, p. 298). V. formation II A 1 ex. de Bergson.
B.— Au sing. ou au plur.
1. [Chez l'homme]
a) Filament apparaissant sur la peau de certaines parties du corps humain (à l'exception des cheveux, des cils et sourcils). Sur les jambes de la victorieuse (...) de petits poils blonds brillaient, minuscules fibrilles d'or pur (MONTHERL., Songe, 1922, p. 38). La chemise se rabattit, et la foule eut une espèce de ricanement, parce qu'on voyait le sexe et les poils (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 321). V. glabre A ex., féminiser ex. 4, follet ex. 1 :
1. « Vraiment, tu commences à piquer! » Hubert n'avait que sept poils au menton et quatre poils sous le nez. Mais il les rasait une fois par semaine, pratique persévérante qui donnait de la vigueur à cette précieuse végétation sans toutefois la déterminer à l'exubérance.
DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 187.
En partic., dépréc. Cheveu isolé sur un crâne (partiellement) dégarni. Tandis que le vent agitait les poils follets de son crâne, il fit une grimace affreuse qui crispa sa maigre face toute coupée par la balafre (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Père Milon, 1883, p. 217).
SYNT. Les poils de la barbe, de la moustache; poils des bras, du pubis, dans les oreilles, aux aisselles, sur les jambes; corps, bras, poitrine couvert(e) de poils; poils et cheveux.
b) Loc. [Poil peut inclure dans sa désignation les cheveux ou être employé avec le sémantisme de cheveu]
Ne pas (plus) avoir un poil de sec (fam.). Être trempé de sueur (à la suite d'un effort ou d'une peur intense). Synon. ne pas (plus) avoir un fil de sec. Ouf! gémit l'autre; y n'était qu'temps! J'en ai pus un poil de sec, moi! (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, 2e part., v, p. 150).
Ne pas (plus) avoir un poil sur le caillou (pop.). Être chauve. (Dict. XIXe et XXe s.).
[Avec une intention plais. ou iron. plus ou moins marquée] Faire dresser les poils sur + subst. désignant une partie du corps; les poils (de qqn) se dressent, se hérissent. (Faire) éprouver de l'exaspération, de l'horreur, de la peur. Synon. faire dresser les cheveux sur la tête; donner la chair de poule. Deux ou trois fois je sentis tous les poils de mes bras se hérisser sur moi, croyant reconnaître le capitaine (STENDHAL, Souv. égotisme, 1832, p. 71). Si cette phraséologie ne te fait pas dresser les poils sur le gras des jambes, je ne te reconnais plus (DUHAMEL, Combat ombres, 1939, p. 191).
c) Poil(s) à (suivi d'un subst. désignant une partie du corps et rimant avec le dernier mot de la phrase précédente). [Rengaine utilisée (par les enfants, les adolescents) par jeu ou pour se moquer d'une personne qui parle]. Maintenant, il hurlait : — Ce ne sont pas des manières de princesse! — Poils aux fesses! — Maintenant, c'est fini! — Poils au kiki (H. BICHONNIER, Le Monstre poilu, 1982, non paginé).
2. [Chez l'animal]
a) Filament apparaissant sur la peau de certains animaux (les mammifères) et constituant le pelage. Les poils de la crinière, de la queue; poil, soie et crin. Dans quelques mammifères, ce renouvellement de l'épiderme a lieu à une certaine époque de l'année, en même temps qu'ils changent de poils (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 544). Les chiens, les loups, les chats et généralement toutes les bêtes à poils (FLAUB., Corresp., 1854, p. 33). V. hérissement A 2 ex. de Quillet :
2. ... il y avait toujours de l'herbe grasse pour elles [les bêtes] et l'eau accoutumée, et la nature les couvrait de poils épais l'hiver et de poils neufs, fins et légers l'été.
PESQUIDOUX, Livre raison, 1932, p. 98.
b) Poil détaché de la peau entrant dans la fabrication de divers objets. Les poils d'un pinceau; pinceau en poils de martre. On passe un pompon (sorte de large blaireau aux poils raides) sur le zinc (Arts et litt., 1935, p. 28-16).
P. anal. (de forme et de fonction). Les poils d'un balai. Je découvris, dans la remise aux outils, une brosse à poils métalliques (GIDE, Journal, 1916, p. 553).
SYNT. Poils épais, épars, frisés, hérissés, drus, durs; bouquet, houppe, mèche, touffe, pinceaux de poils.
C.— Au sing. coll.
1. [Chez l'homme]
a) Ensemble des poils (au sens supra B 1) qui apparaissent sur une partie du corps humain. Synon. partiel toison. Cette partie du cou où est le partage de la barbe et du poil de poitrine (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 122). Il avait le tronc assez noueux, et le poil qui dessinait une palme régulière de l'abdomen au thorax (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 284). V. gazonner A ex. de Boylesve :
3. Déjà, les formes s'arrondissent, la gorge croît sensiblement, les parties de la génération se resserrent et se couvrent d'un poil naissant.
LACLOS, Éduc. femmes, 1803, p. 438.
Qqc. (fait) hérisse(r) le poil de qqn; le poil de qqn se hérisse (var. de la loc. supra B 1 b). Voici la lettre (abrégée cependant de près d'une moitié) qui fera hérisser le poil des diplomates de salon (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 315). Cette fois, avant même d'en avoir déchiffré le premier mot [d'un article de M. Robbe-Grillet], j'ai pourtant senti mon poil se hérisser (MAURIAC, Mém. intér., 1959, p. 208). V. hérisser B 1 a ex. de Maupassant.
b) En partic.
) Chevelure. Son crâne énorme et sphérique, hérissé d'un poil d'argent dur et ras (...) ses sourcils rudes (...) la forte moustache (VALÉRY, Variété II, 1929, p. 218).
) Barbe. L'homme barbu, vraiment barbu, celui qui porte tout son poil (oh! le vilain mot) sur les joues n'a jamais de finesse dans le visage, les traits étant cachés (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Moustache, 1883, p. 618).
Poil follet (vieilli). Barbe naissante. Synon. duvet. Un poil follet au-dessus d'une bouche (SAINTE-BEUVE, Poés., 1829, p. 122).
Faire le poil à qqn, se faire le poil (vieilli). (Se) raser. Ce n'est pas leurs barbiers et leur savon moderne Qui nous feront le poil, et le cuir et la peau (PÉGUY, Ève, 1913, p. 894).
Avoir, prendre du poil au menton. Cette demoiselle de Gournay (...) d'une trop forte complexion et d'une trop verte allure, finit par prendre du poil au menton en vieillissant (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 9, 1865, p. 393).
[En parlant d'un adolescent] Être suffisamment mûr (pour faire quelque chose). Attendez qu'Omer ait du poil au menton... Alors, vous le conseillerez pertinemment (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 121).
c) [Dans des constr. à valeur d'adj.; poil inclut les cheveux]
Au poil, de poil (rare) + adj. descriptif (gén. de couleur). Marianne est très vieille et court sur ses cent ans, La voici radoteuse, au poil rare, et sans dents (VERLAINE, Œuvres compl., t. 3, Invect., 1896, p. 346). Un bel adolescent de dix-neuf ans (...) le cou taurin, de poil ardent, entre cuivre et carotte (ARNOUX, Paris, 1939, p. 204).
♦ Adj. de couleur + de poil. Celui-là [le Bordelais pur] trapu, « pot à tabac », noir de poil et de peau; en dépit du rasoir, une barbe drue dévore souvent le visage jusqu'aux admirables yeux d'antilope (MAURIAC, Écrits intimes, Du côté de chez Proust, 1947, p. 47).
Poil (de) carotte.
Rem. Dans ces accept., l'empl. de poil connote une idée (dépréc. ou méliorative) d'animalité, de force brutale et virile, ou un jugement dépréc. sur la couleur, l'apparence des cheveux, de la barbe, des poils apparents.
SYNT. Poil argenté, blanc, blond, brun, noir, poivre et sel, roux; poil frisé, raide; poil de bête; avoir du poil aux jambes, sur la poitrine; se raser le poil.
2. [Chez l'animal]
a) Ensemble des poils (au sens supra B 2) recouvrant le corps de certains animaux. Synon. pelage, toison (partiel), fourrure. Les chèvres ont le poil long et fin; elles ont le menton garni d'une espèce de barbe pointue (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 602). Le long poil d'hiver des chevaux pendant sous leurs ventres en petites stalactites de glace (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 282) :
4. ... d'autres [chevaux] (...), d'un gris très-clair et dont la peau se laissait voir à travers leur poil humide et rasé, se veinaient de tons humains...
FROMENTIN, Été Sahara, 1857, p. 232.
[Dans des constr. à valeur d'adj.]
Au poil + adj. descriptif (gén. de couleur). Chien au poil ras. Chiens fauves, au poil vil tirant sur le roux (HUGO, Rhin, 1842, p. 207).
De poil + adj. descriptif (gén. de couleur). Cheval de poil alezan, bai. De quel poil milord désire-t-il son attelage? (DUMAS père, Laird de Dumbiky, 1844, I, 12, p. 33). Une chatte noire, de poil ras, qui avait deux yeux d'un jaune éclatant (BOYLESVE, Leçon d'amour, 1902, p. 209).
De tout poil, de tous les poils. De toute couleur de pelage. Les étalons de tous les âges et de tous les poils (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 337).
Rare. Adj. descriptif + poil (non précédé d'une prép.) Un chien errant, ras poil, l'œil toujours étonné (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 49).
De bon, de mauvais poil. Qui a un pelage présentant une bonne, une mauvaise apparence, ce qui est l'indice d'une bonne ou d'une mauvaise santé. Cham [un cheval], en 1900, était un animal encore très jeune, de bon courage et de bon poil (DUHAMEL, Terre promise, 1934, p. 91).
À contre-poil, à rebrousse-poil.
SYNT. Poil brillant, fauve, luisant, terne, sec; poil doux, court, frisé, laineux, lisse, serré, rude, soyeux, touffu; beau poil; poil sain; poil rongé de gale; lisser, lustrer le poil d'un cheval; perdre ses poils.
b) Spécialement
) ÉQUITATION
Faire le poil (d'un cheval). Tondre, tailler, brosser le pelage (d'un cheval). (Dict. XIXe et XXe s.).
Monter un cheval à poil (vieilli). Monter un cheval sans selle. Synon. monter à cru. Il monte à poil, et n'a point par conséquent d'étriers (BAUDRY DES LOZ., Voy. Louisiane, 1802, p. 211).
) VÉNERIE
Gibier (ou terme équivalent) à poil, de poil. Gibier dont le corps est recouvert de poils, essentiellement lapin et lièvre (d'apr. DUCHARTRE 1973). Anton. à plume, de plume. Pendant ce temps, Nab, Harbert et le marin (...) feraient main-basse sur toute bête de plume ou de poil qui passerait à leur portée (VERNE, Île myst., 1874, p. 78). Du gibier, gibier d'eau ou gibier à poil (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 75).
♦ [P. ell. du déterminé et de la prép.] Chien pour poil. Elle ne se gêne pas pour suivre son gibier, poil ou plume, mort ou vif, sur votre propriété (FEUILLET, Morte, 1886, p. 153). V. fournir ex. 5, hélas ex. 4.
Le grand poil. Le gros gibier dont le corps est recouvert de poils. Il poursuivait aussi le grand poil, le sanglier et le loup (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 124).
[En parlant d'un chien, d'un oiseau de chasse] (Être) au poil et à la plume. (Être) dressé pour gibier à poil et gibier à plume. Vous avez là un beau chien, il est au poil et à la plume (MÉRIMÉE, Mosaïque, 1833, p. 215).
Lapin, lièvre en poil. Lapin, lièvre tué auquel on n'a pas retiré la peau. (Dict. XIXe et XXe s.).
c) P. méton. Peau d'animal garnie de ses poils utilisée dans l'habillement. Synon. peau. Des cheveux énormes, chauds et bouffés, lui couvrent tout le corps jusqu'aux pieds comme un vêtement fait en poil d'animal (FLAUB., Champs et grèves, 1848, p. 362). Le caraco banal, bordé de poil de lapin, qui servait, tour à tour, à toutes les filles de la maison (E. DE GONCOURT, Élisa, 1877, p. 93).
Rem. Poil est substitué à fourrure dans le cas de peau de peu de valeur.
Bonnet, chapeau à poil. Les bonnets à poil des gendarmes survinrent avec leurs panaches blancs selon la mode de Henri IV (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 327).
P. méton.
♦ Poils détachés de la peau, utilisés dans la fabrication de différentes étoffes. Poil, duvet et jarre. Manteaux arabes tissés d'or et de poil de chèvre (LAMART., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 408). Le poil de chameau est (...) difficile à filer, fin et dur au feutrage : il s'emploie pour la chapellerie commune et quelques grosses étoffes (Comm. t. 2 1839).
♦ Étoffe tissée avec des poils (autres que les poils de mouton). Le baigneur s'arme d'un gant de poil de chameau qu'il vous promène sur tout le corps (ABOUT, Grèce, 1854, p. 411).
MÉGISSERIE
Peau en poil. Peau brute séparée du corps de l'animal. Une fois séparée du corps de l'animal, la peau brute est dénommée « peau en poil », quel que soit son état (BÉRARD, GOBILLIARD, Cuirs et peaux, 1947, p. 19).
Côté poil. Synon. côté fleur; anton. côté chair. [Le procédé du salage] consiste à empiler les cuirs bruts côté poil en dessous, en recouvrant le côté chair de chacun d'eux par une couche de sel (STOCKER, Sel, 1949, p. 90). V. côté ex. 6.
D.— Loc., fam. et pop.
1. Loc. adj.
a) [Loc. correspondant, par leur forme à C 2 a et b), supra]
De tout poil, de tous les poils (rare), de tous poils (dépréc.). De toute espèce, de toute sorte (en parlant de pers.). Synon. de tout acabit. Les embrassades généreuses des pacifistes et des socialisants de tous poils (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 103). Il y en avait de tous les poils et même de ces hommes de derrière le mur du Chantal qui ont des yeux verts et des figures jaunes (AUDIBERTI, Ampélour, 1937, p. 98). Les profiteurs de guerre, les mercantis de tout poil, et sur le même rang les patriotes professionnels (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 216).
P. anal. [En parlant de chose] Annette, toujours imprudente, laisse, sans y penser, à la disposition de l'enfant, une quantité de livres (...). Il en est de tout poil (ROLLAND, Âme ench., t. 2, 1925, p. 186).
Du même poil, de ton (...) poil. C'est toujours flatteur [pour un chef], ces pétitions-là [de passer sous son commandement], surtout quand elles viennent d'un homme de ton poil (D'ESPARBÈS, Guerre sabots, 1914, p. 43). Laisse-moi encore trouver quarante gaillards du même poil! (CLAUDEL, Soulier, 1929, 4e journée, 8, p. 902).
De bon, de mauvais poil. De bonne, mauvaise humeur. Un client de mauvais poil met sous enveloppe avec des récriminations amères la fiche identificatrice qui permet de faire retomber sur les épaules de l'ouvrier négligent une inattention déjà ancienne (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 11). Il pensait qu'on pouvait tout expliquer à Mathieu, si seulement il était de bon poil (SARTRE, Âge de raison, 1945, p. 223). V. compartiment ex. 2.
À poil. Nu. (Se) mettre, (se) foutre à poil. Il nous faisait rigoler parce qu'il croyait qu'« une femme à poil », ça voulait dire « une femme à barbe ». Georges s'est fichu de lui (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1237). Un homme à poil n'a pas d'âge (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 8).
P. anal. [En parlant d'une chose] Le taquoir à poil est de bois nu; le taquoir habillé a un revêtement de molleton (COSTON, A.B.C. journ., 1952, p. 199).
À poil! [Invective que l'on emploie pour huer qqn] Des huées terribles l'accueillirent (...). — À bas Pommard! — À poil! (R. FALLET, Le Triporteur, 1951, p. 357 ds ROB. Suppl. 1970).
À poils (var. plus rare avec le même sens) Je suis toujours sur le pont À poils Et je suis toujours seul à les admirer [les levers de soleil] (CENDRARS, Du monde entier, Couchers de soleil, 1957, p. 186).
Au poil et à la plume
Vx. Qui excelle en toute chose (Ac. 1798-1878).
Vieilli. Bisexuel. Synon. fam. à voile et à vapeur. Un château de son père, où il s'enterra quelques jours, avec des filles et des garçons, — car il était au poil et à la plume, disait M. d'Oels (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 164).
Caresser, prendre qqn dans le sens du poil. Traiter quelqu'un et/ou lui parler de manière à lui plaire, à le flatter.
♦ Anton. caresser, prendre à contre-poil, à rebrousse-poil. Ce retour en force de « l'école de papa », voire de grand-papa caresse, dit-on, l'opinion dans le sens du poil (Libération, 14 févr. 1985, p. 3, col. 1).
b) [Poil connote une idée de force virile; v. avec la même connotation, les loc. verb. en infra D 2 b]
À poils. Qui a de la force, du courage. Il trouvait Lantier un peu fiérot, l'accusait de faire sa Sophie devant le vitriol, le blaguait parce qu'il savait lire et qu'il parlait comme un avocat. Mais, à part ça, il le déclarait un bougre à poils (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 618).
À tout poil (vieilli, var. avec le même sens). J'aurais besoin (...) de quelques braves à tout poil pour une expédition qu'on me propose (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 323).
Brave (ou un terme équivalent) à trois poils (gén. dépréc. ou iron.). Qui fait montre de courage. Synon. partiel matamore. Dans le duel arrangé avec M. Raindre, colonel ou chef d'escadron d'artillerie légère. Ce brave à trois poils ne le fut guère! (STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 460). Un gaillard à trois poils, un mastard pour qui la vie des autres compte pas plus que celle d'un pou (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 39). V. brave ex. 15.
2. Loc. verb.
a) [Poil désigne de façon vague, p. méton., le corps, une partie du corps]
Faire, refaire le poil à qqn (vieilli)
♦ Dépouiller, tromper quelqu'un. Jamais personne n'a fait le poil à Gaudissart, à l'Illustre Gaudissart. Oui, jamais personne ne m'a enfoncé (BALZAC, Gaudissart, 1834, p. 15). Car vous êtes allé chercher des écus à Paris (...). Ce sera drôle à vous de refaire le poil à un pair de France (ID, Début vie, 1842, p. 378).
P. ext., vieilli. Être supérieur à quelqu'un en quelque chose. Tu n'as pas besoin de rigoler (...) c'est encore pas toi, avec tes airs malins, qui lui feras le poil pour l'instruction (COURTELINE, Linottes, Gora, 1917, p. 217).
Avoir le poil, du poil à qqn (vieilli). Même sens. (Ds Ac. 1798).
Rem. On rapprochera ces deux loc. de faire, refaire la peau à qqn; avoir la peau de qqn.
Tomber sur le poil de qqn
♦ [Le suj. désigne une pers.] Attaquer par surprise. Synon. tomber sur qqn, sur le dos, le paletot, le rable de qqn. Le Raboliot et lui, ils sont cousins, un peu trop d'accord à mon gré... Quand vous tomberez sur le poil du gars, au bon moment, il faudra bien que Tournefier verbalise (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 97).
♦ [Le suj. désigne un événement défavorable] Survenir par surprise. Synon. tomber sur qqn, sur le coin de l'œil, sur le coin du nez (région.). Si, maintenant, après la fontaine, après le mal, après le feu, il y a encore quelque saloperie qui nous tombe sur le poil, qu'est-ce qu'on va faire? (GIONO, Colline, 1929, p. 176).
Avoir qqn sur le poil. Devoir supporter quelqu'un. Synon. avoir qqn sur le dos. À Paris, quand on dort, on est jamais poissé. À Paris on a pas des gradés su l'poil (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 26).
Laisser du poil (dans une affaire). Essuyer une perte. Synon. (y) laisser, perdre des plumes. On a laissé du poil. On a gagné encore ce coup-là, mais, le coup d'après? (GIONO, Colline, 1929p. 170).
Rem. Poil a la même valeur dans des expr. moins lexicalisées : a) Se tarder le poil (v. ROLLAND, C. Breugnon, 1919, p. 23). Se tirer le poil (v. CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 249), au sens de « se battre » (v. se tirer les cheveux). b) Mettre la main sur le poil (v. MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Vente, 1884, p. 143), au sens de « mettre la main au collet ». c) En venir au poil (v. P. RÉZEAU, Notes sur le lexique d'Ernest Pérochon ds R. Ling. rom. 1978 t. 42, p. 114) au sens de « en venir aux mains ». REY-CHANTR. Expr. 1979 fait remarquer que poil (et plume) ,,se substituent à la peau humaine quand il s'agit d'exprimer les coups reçus``.
b) [Poil connote une idée de force (virile)]
Avoir du poil (vieilli), avoir du poil aux yeux, au cul (vulg.).
Être énergique, très courageux. Vous avez du poil et du cœur. Vous savez que la femme et les mômes ont besoin de soupe (La Petite lune, 1878-79, n° 7, p. 2). Tu as juste assez d'énergie pour être hors d'état de défendre ta bourse contre l'invasion des barbares, juste assez de poil aux yeux (COURTELINE, Boubouroche, 1893, I, 2, p. 28) :
5. Rodin a du poil au menton, mais pas au c... car s'il en avait, il ne subirait pas toutes les humiliations qu'on lui fait subir à propos de son Hugo! Décidément, la colonne vertébrale d'un sculpteur est encore plus flexible, plus rentrante que celle d'un peintre.
GONCOURT, Journal, 1891, p. 172.
Rare. Manquer de poil. Ne pas être courageux. Ses amis de l'atelier, qui étaient forcément au courant de la situation, le pressaient de brusquer la petite. — Vous manquez de poil, disait l'un (HUYSMANS, Sœurs Vatard, 1879, p. 275).
Du poil! (vieilli). [Exclam. que l'on emploie pour exhorter au courage] Synon. du nerf! Tenez bon, mon petit, et comptez sur moi. Et du poil, crédieu! (RICHEPIN, Césarine, 1888, p. 6).
♦ [Var. avec le même sens] Avoir du poil au cœur, aux couilles (vulg.), aux fesses, quelque part; avoir du poil aux pattes.
Reprendre du poil de la bête. Reprendre des forces, se ressaisir après une épreuve, un moment de faiblesse. Je reprends du poil de la bête; ce n'est pas comme le fils Pieuchon qui ne sort plus qu'en voiture et qu'on croit perdu, bien qu'un médecin de B... prétende le guérir (MAURIAC, Baiser Lépreux, 1922, p. 184) :
6. J'avais vécu, pendant dix ans, tel l'ivrogne qui a peur de l'affaissement, au lendemain de l'ivresse et qui reprend du poil de la bête, saute sur le vin blanc dès son lever...
VALLÈS, J. Vingtras, Insurgé, 1885, p. 15.
Rem. Les dict. attestent une accept. vieillie de cette loc. ,,chercher son remède dans la chose même qui a causé le mal`` (Ac. 1798-1878), en partic. « boire pour se remettre d'un excès de boisson ». L'ex. 6 illustre le passage entre cette accept. et l'accept. mod.
c) Donner, foutre (ou un verbe équivalent) un poil à qqn; recevoir (ou un verbe appartenant au même paradigme) un poil. Donner, recevoir des coups, une réprimande. Le « poil » qu'il eut à subir à sa rentrée [à l'atelier], la menace d'une expulsion à la première peccadille refroidirent pour quelque temps la folle gaieté d'Anatole et ses facétieuses imaginations (GONCOURT, Man. Salomon, 1867, p. 54). Grand-père m'a fichu un poil de première grandeur : — Dorénavant — m'a-t-il dit en finissant — tu resteras à côté de nous (GYP, Souv. pte fille, 1927, p. 93).
d) Avoir un poil dans la main (v. main 1re Section I H 3 d). [Var. avec le même sens] Avoir du poil dans la main, aux mains; avoir une forêt (ou un terme équivalent) de poils dans la main. Il a vu que je connaissais son métier mieux que lui, et que je n'avais pas du poil aux mains pour cet ouvrage-là! (GONCOURT, Man. Salomon, 1867 p. 285). [Voir] Celui qui a un outil dans la main écouter celui qui n'a dans la main qu'une forêt de poils (PÉGUY, Argent, 1913, p. 1113).
e) Chercher des poils sur un œuf; chercher du poil de grenouille. Chercher une chose introuvable. J'ai monté dans une noisette (...) chercher du poil de grenouille parce qu'il n'y en a pas en Espagne (CLAUDEL, Soulier, 1929, 1re part., 1re journée, 14, p. 991).
E.— [Poil connote une idée de très petite dimension (en largeur) et, p. ext., de précision et de perfection] Fam. et pop.
1. Un poil. Une très petite distance, quantité, un très court espace de temps. Synon. un rien, un chouia (fam.). On n'ose pas tout à fait encore l'obscénité précise (...) mais il s'en faut d'un si petit poil qu'on peut bien dire que la chose est accomplie (BLOY, Journal, 1903, p. 163). Je suis à un poil de l'échafaud. Voilà où que je me trouve! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 124).
Rem. Cheveu est substituable à poil dans les syntagmes suiv. : à un poil près, être à un poil de (faire qqc.), il s'en faut d'un poil, ne tenir qu'à un poil.
Un poil de qqc. Il voulait encore boire, dit-il. Non, il n'avait rien dit; pas un poil de ce qu'il aurait voulu dire (GIONO, Batailles ds mont., 1937, p. 252). Un poil de mistral faisait frémir les magnifiques ombrages de Lamalou (L. DAUDET, Qd vivait mon père, 1940, p. 221).
2. Au poil
Rem. Var. au petit poil, au quart de poil, au poil du cul (vulg.).
Empl. adv.
♦ Tout juste, exactement (dans le temps ou l'espace). Je l'ai eu mon train de sept heures quinze, quand même, mais au poil. On s'est pas fait d'adieux (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 508).
♦ Avec beaucoup de précision, de soins minutieux; p. ext., parfaitement. Ajuster, régler qqc. au poil. On vérifiait au poil sa mitrailleuse. On choisissait son moment (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 258). La fenêtre donnait sur un jardin ratissé au petit poil (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 150) :
7. Après ça on te dessinerait un de ces jolis petits mignons de pardingues bleu marine avec, en haut, juste en dessous de l'échancrure, un joli mignon bouton dessiné au petit quart de poil.
QUENEAU, Exerc. style, 1947, p. 111.
Arg. des Beaux-Arts, vieilli. Dessin au poil. ,,Dessin qui entre dans le plus petit détail`` (HUGUES, Expr. atelier, s.d.).
Empl. adj. Qui convient parfaitement, parfait. J'ai un endroit de tout repos et au poil (GIONO, Gds chemins, 1951, p. 109). Pas question de changer la politique étrangère. Celle qu'on a choisie est au poil (AYMÉ, Tête autres, 1952, p. 28).
♦ [En parlant d'une pers.] Elle est au poil, cette fille-là (ROB.).
[Empl. dans une exclam.] Synon. chic! parfait! Salut, fit l'arrivant. Ça va le boulot? — Au poil. Tu peux regarder (R. DORGELÈS, Le Marquis de la Dèche, 1971, p. 29 ds CELLARD-REY 1980).
II.— P. anal. (de forme)
A.— 1. Filament apparaissant à la surface de certains organes végétaux. Les platanes ont changé de peau et dispersé leurs pelotes aux poils crochus (ARNOUX, Paris, 1939, p. 104). Le chêne pubescent est caractérisé (...) par les poils courts et serrés qui couvrent la partie inférieure de ses feuilles et justifient son nom de chêne pubescent (COCHET, Bois, 1963, p. 32).
2. BOT. Production de l'épiderme des plantes, unicellulaire ou pluricellulaire, de formes diverses et remplissant différentes fonctions. Les poils en forme de plateau que supporte un pédicelle central s'appliquent sur l'épiderme foliaire par la sécheresse et obstruent les stomates, qu'ils protègent ainsi contre le vent desséchant (Bot., 1960, p. 1277 [Encyclop. de la Pléiade]). Poil absorbant, collecteur, sécréteur, urticant. V. absorbant ex. 3.
B.— 1. Petit filament apparaissant à la surface d'un tissu, d'un papier. Feutre à longs poils. Il s'était (...) fait expédier de Londres (...) des papiers à poils, des papiers reps (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 187). Elle gratte la crème avec sa cuiller, en rebroussant les poils du tapis (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 118) :
8. La moquette est un tissu à surface endroit velue qui se tisse soit à poils coupés, soit à poils bouclés. Le liage des fils se fait selon les qualités soit sur simple duite, soit sur double duite.
THIÉBAUT, Fabric. tissus, 1961, p. 114.
Au sing. coll. L'homme de l'éternel, Renouant sur ses reins sa robe de poil rude (LECONTE DE LISLE, Poèmes barb., 1878, p. 36).
2. INDUSTR. TEXT.
a) Poil de chèvre (vieilli). Étoffe dont la trame est en laine et la chaîne en coton. Il venait au Bureau habillé fort simplement (...) il portait des souliers et des guêtres, un gilet en poil de chèvre (BALZAC, Employés, 1837, p. 107).
b) Fil de soie grège qui n'a reçu qu'une torsion. On peut obtenir trois sortes de fils de soie : a. Le poil, formé par un seul fil de soie grège, tordu sur lui-même; il est utilisé comme fil de chaîne pour les étoffes légères et pour la passementerie; b. La trame (...); c. L'organsin (BLANQUET, Technol. mét. habill., 1948, p. 86).
c) Surface du velours. Les fibres destinées à la formation du poil sont apportées sous forme de fils de chaîne, qui sont coupés sur le métier même. La fixation de la touffe de poils peut être « à cheval » (...) ou « liée » (THIÉBAUT, Fabric. tissus, 1961 p. 111).
Chaîne de poil, fil de poil. Chaîne, fil utilisé pour confectionner cette surface. Les velours bouclés sont obtenus à l'aide de deux ensouples, la première portant les fils de fond (...), la seconde portant les fils de poil (THIÉBAUT, Fabric. tissus, 1961 p. 109).
Velours à trois, quatre, cinq, six poils. Velours dont la trame est formée de trois, quatre, cinq, six fils de soie ou de coton. (Dict. XIXe et XXe s.).
C.— 1. Fissure fine, défaut dans une pierre. Synon. fil. Certaines pierres portent des fissures appelées poils qui s'élargissent avec le temps en provoquant l'éclatement de la pierre (BOURDE, Trav. publ., 1928, p. 92).
2. Poil noir, taché, roux. [Désigne différentes qualités d'ardoise] (Dict. XIXe et XXe s.).
REM. 1. Poil à gratter, subst. masc. V. gratter. 2. Poil-poil, loc. adv. ou adj., pop., vieilli, var. par redoublement expr. de au poil. V. supra I E 2. Se baguenauder sur le front, en douce poil-poil (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 92). Là, sur des coussins « poil-poil », nous nous prélassons (La Pédale, 22 déc. 1926, p. 5, col. 3 ds ESN. 1957). 3. Poilaison, subst. fém., hapax. Un vieillard tout couvert de poilaison blanche (LOTI, Inde sans Angl., 1903, p. 148).
Prononc. et Orth. :[pwal]. Homon. poêle1, 2 et 3. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1100 anat. (Roland, éd. J. Bédier, 1012 : deit hum perdre e del quir e del peil); 2. ca 1170 « pelage (d'un cheval) » (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 2905); 3. a) fin XIIe s. (Raoul de Cambrai, 2314 ds T.-L. : Il prent trois pox de l'ermin qu'ot vesti); b) 1395 veluyau a long poil (LA TREMOÏLLE, Les la Tremoïlle, t. 1, p. 57); 4. a) ca 1200 pol d'herbe (ASPREMONT, éd. L. Brandin, 8624); b) XVe s. « villosité (d'une plante) » (Grant Herbier, n° 146, Camus ds GDF. Compl.); 5. XIIIe s. poil d'erbe désignant quelque chose de négligeable (JUBINAL, Jonglères et Trouvères, 71 ds MÖHREN Négation); ca 1373 poil « id. » (Miracles de N.D., éd. G. Paris et U. Robert, XXXI, 774). B. Expr. 1. 1176-84 fig. encontre poil « à rebrousse-poil » (GAUTIER D'ARRAS, Ille et Galeron, éd. F. A. G. Cowper, 5330), sur les nombreuses expr. usitées en a. fr. (v. T.-L. et GDF.); 2. a) 1532 à tout le poil [pour : avec tout le poil, l'abondance du poil étant considérée comme un signe de force physique] (RABELAIS, Pantagruel, II, éd. A. Lefranc, t. 3, p. 37 : Il est né à tout le poil; il fera choses merveilleuses); b) 1659 un brave à trois poils « homme courageux » (MOLIÈRE, Les Précieuses, IX), c) 1793 bougres à poil « hommes déterminés, courageux » (Père Duchêne, n° 298 ds ESN. Poilu, p. 428); d) 1836 avoir du poil au cœur « être courageux » (A. LAGARDE, Le Bonhomme Popule ds LARCH. 1872); 3. 1573 y laisser du poil « perdre quelque chose » (Négoc. de la France dans le Lev., III, p. 441 ds GDF. Compl.); 4. 1671 gens de tout poil (LA FONTAINE, La Coupe enchantée, 145 ds Œuvres, éd. H. Régnier, t. 5, p. 111); 5. 1808 avoir un poil dans la main (HAUTEL); 6. 1833 être de mauvais poil (E. CORBIÈRE, La Mer et les marins, part. 4, ch. 1, 186 ds QUEM. DDL t. 20); 7. 1849 donner un poil « réprimander » (MÉRIMÉE, Corresp. gén., V, 430, ibid., t. 2); 8. 1858 être à poil « tout nu » (LARCH.); 9. 1918 atterrir au poil (ESN. Poilu 1919, p. 426); v. aussi REY-CHANTR. Du lat. pilus « poil », « partie velue de quelque chose » et au fig. « un rien ». Fréq. abs. littér. :1 956. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 1 873, b) 2 921; XXe s. : a) 3 449, b) 3 080. Bbg. CHAUTARD Vie étrange Argot 1931, p. 492. — LENOBLE-PINSON (M.). Le Lang. de la chasse. Bruxelles, 1977, p. 11, 14, 339, 343, 347. — QUEM. DDL t. 2, 16, 17, 19.

poil [pwal] n. m.
ÉTYM. V. 1175; peil, 1080, Chanson de Roland; du lat. pilus.
1 Chacun des filets très fins qui naissent du tégument de certains animaux ( Villosité), et, spécialt, de la peau des mammifères. || Les dents (cit. 1), les ongles et les poils sont des phanères, des productions épidermiques. || La kératine, matière des poils. || Tige (partie visible), racine du poil ( Bulbe) logée dans une cavité ( Follicule [pileux]) au fond de laquelle se trouve la papille pileuse, organe producteur du poil. || Glande sébacée, muscle redresseur du poil.Zool. || Poils qui couvrent le corps des animaux. Pelage. || Un pelage fourni, à plusieurs sortes de poils ( Bourre, duvet, 2. jarre) est une fourrure. Fourrure (cit. 7). || Poils des ovidés ( Laine), du porc ( Soie), de la tête et de la queue du cheval ( Crin). || Touffe de poils, pinceau de poils noirs (→ Lynx, cit. 1); bande de poils blancs. Liste. || Longs poils raides du dessus de la tête et du cou (grands mammifères). Crinière. || Animal qui perd ses poils. || Chat galeux (cit. 2) presque sans poils. || Poils tactiles. || Insecte couvert de poils ( Villeux).Ôter les poils des peaux. Débourrer, débourrage; dépiler, dépilage.Utilisation des poils d'animaux prélevés de la peau comme fibre textile ( Laine, 1. ploc); pour être tissés avec un textile; dans la fabrication des feutres ( Feutre). || Haire (cit. 1) de poils de cheval.Poils servant à fabriquer certains objets ( Brosse, pinceau; blaireau). || Pinceau en poils de lapin.
1 (…) ensuite les traditionnels cachemires (…) enfin toutes les trames grossières tissées en poils naturels (…)
Mallarmé, Proses diverses, « La dernière mode », 1er nov. 1874.
2 (1080). || Le poil (collectif) : l'ensemble des poils, le pelage. || Le poil du mouton ( Toison), du cheval ( Robe). || Poil ras, court, long. || Chat ( Angora), chèvre à long poil ( Mohair). || Poil lisse, frisé, crêpé (→ Jaguar, cit. 1), laineux (→ 1. Lama, cit.), hérissé (cit. 1). || Poil soyeux et fin (→ Épagneul, cit. 1), luisant (→ 1. Mule, cit. 1), lustré (→ Gazelle, cit.), velouté (→ Gâterie, cit. 2). || Un beau poil. || Couleur du poil; poil blanc, noir, gris (→ Emmêler, cit. 3), fauve, louvet, pie… aussi Cheval (pour les noms donnés au poil de cet animal). || Le sens du poil, celui dans lequel il est couché. — ☑ Loc. À contre-poil, à rebrousse-poil.Chute naturelle ( 1. Mue [cit. 1], muer), pathologique du poil ( Pelade, pelé). || Couper le poil. Tondre. || Brosser, peigner le poil d'un animal domestique. || Faire le poil à un cheval, arranger, couper ses crins.Chatte qui a mauvais poil (→ Malade, cit. 12), indice d'une mauvaise santé.
2 (…) on lui faisait (à un cheval) le poil de l'oreille (…)
Mme de Sévigné, 858, 2 oct. 1680.
3 Le poil de mon ventre (dit la chatte), tout autour, ressemble à un champ de seigle versé sous la pluie.
Colette, la Paix chez les bêtes, « Nonoche ».
Gibier à poil et gibier à plume (→ ci-dessous, 4., loc. fig.).
(1611). Équit. || Monter un cheval à poil (vx), sans selle, à nu. 2. Cru.REM. Cette expression est d'un emploi limité, dans la langue mod., à cause de la loc. fam. hom. (ci-dessous, cit. 22 et 22.1).
4 renommée (À la). Jacquot, sellier, rue du Bac, no 28. — La Renommée est montée, à poil, sur un cheval de foire. Certes, si tous les cavaliers montaient à cheval sans bride et sans guides, à quoi servirais-tu, Jacquot ?
Balzac, Dict. des enseignes, in Œ. diverses, t. I., p. 179.
5 Un garçon d'écurie vint à poil et au grand galop me trouver (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Le bonheur dans le crime ».
(V. 1190). Peau d'animal garnie de ses poils, utilisée dans l'habillement, etc. (surtout dans de, en, à poil).REM. On dit poil lorsque la peau ne mérite pas le nom de fourrure.Habillement (cit. 8), bonnet en poil de lapin. || Gourde en poil de chèvre. || Sac de poil (→ Fourbi, cit. 1), bonnet, chapeau à poil, garni de poil (→ Parement, cit. 1).
6 (…) ils (les Arabes) y plantent leurs tentes, qui sont faites de poil de chèvre, et ils y demeurent avec leurs femmes et leurs enfants (…)
Buffon, Hist. nat. de l'homme, Variété espèce humaine.
Par anal. Étoffe tissée avec des poils (autres que les poils de mouton). || Manteau en poil de chameau. || Poil de castor. Castorine.
7 Les épouses des Nomades balançaient sur leurs talons des robes en poil de dromadaire, carrées et de couleur fauve (…)
Flaubert, Salammbô, IV.
3 Cour. Cette production chez l'homme, spécialt, lorsqu'elle n'est ni un cheveu ni un cil, ni un sourcil. || Répartition et développement des poils chez l'homme et la femme. || Qui a beaucoup de poils. Poilu. || Poils de la face ( Barbe, moustache), des aisselles, de la poitrine (→ Nombril, cit. 3), du pubis. Vulg. || Poils du cul. || Touffe, épi de poils. || La paume des mains et la plante des pieds sont dépourvues de poils. || Érection des poils. Horripilation, horripiler. || Poils bruns, roux, blonds, blancs… || Poil lisse, ondé, frisé, crépu… || Poils aux coins des lèvres (→ Oxygéner, cit. 1). || Oreille (cit. 27) pleine de poils blancs. || Pas un poil ne dépassait la ligne de son collier (cit. 8) blond. || Sans un poil de barbe au menton (→ 2. Botte, cit. 3). || Menton qui se couvre de poils. Fleurir. || Chaque poil de mon corps avait sa goutte de sueur (→ Eau, cit. 18). — ☑ Fam. Ne pas avoir un poil de sec, transpirer abondamment (de chaleur, de peur…).Maladie des poils. Mentagre. || Développement anormal des poils chez la femme. Virilisme (pilaire). || Parasite des poils. Morpion (cit. 1), pou. || Chute des poils. Alopécie (cit.); dépiler. || Ôter les poils. Épiler, raser; dépilatoire. || Absence totale de poils. Atrichie.
8 Il avait les membres touffus :
Le poil est un signe de force,
Et ce signe a beaucoup d'amorce
Parmi les femmes du métier.
Mathurin Régnier, Poésies diverses, « Disc. d'une vieille M… ».
9 (…) ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, dont une partie se voyait par l'ouverture de sa chemise grossière, annonçaient une force extraordinaire.
Balzac, le Médecin de campagne, Pl., t. VIII, p. 391.
10 Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or des aisselles.
Zola, Nana, I.
11 (…) un grand visage que la vieillesse virilisait à faire peur. Elle n'était que poils dans les oreilles, buissons dans le nez et sur la lèvre, phalanges velues (…)
Colette, Chéri, p. 68.
(1080). || Le poil, du poil : l'ensemble des poils. Pilosité. || Brun de poil et de cuir (cit. 3). || Une fillette dorée de peau et de poil (→ Cerise, cit. 4). || Se teindre et raser le poil (→ Malpropre, cit. 1). || Le poil des sourcils (→ Circonflexe, cit. 3).(Mil. XVIe). || Un poil follet (cit. 3) lui couvrait le menton ( Duveté, velouté). || Se rôtir le poil (→ Foyer, cit. 6). || Avoir du poil sur tout le corps ( Poilu, velu), du poil au menton. — ☑ « Poil de Carotte ». Carotte.
12 Il est hérissé de poil sous les aisselles et par tout le corps (…)
La Bruyère, les Caractères de Théophraste, « D'un vilain homme ».
13 Il (Tavernier) ajoute que les Turcs, hommes et femmes, ne portent de poil en aucune partie du corps, excepté les cheveux et la barbe; qu'ils se servent de rusma pour l'ôter (…) qu'en entrant dans le bain on applique cette pommade, qu'on la laisse sur la peau à peu près autant de temps qu'il en faut pour cuire un œuf; dès que l'on commence à suer dans ce bain chaud le poil tombe de lui-même en le lavant (…) et la peau demeure lisse et polie sans aucun vestige de poil.
Buffon, Hist. nat. de l'homme, Variété espèce humaine.
(1655). Vieilli. Barbe. || J'ai le poil très dur (→ 1. Barbe, cit. 18).Vx. || Faire le poil à qqn. Rasage, raser.
14 (…) comme on lui faisait le poil, il s'en alla, la barbe à demi faite (…)
Racine, Traductions, Vie de Diogène le cynique.
Vx ou littér. Chevelure, cheveu. || Beau (cit. 20) poil, belle tête. || Le poil gris, raide comme crin (→ Friser, cit. 8). || L'œil farouche, le poil hérissé (cit. 33). Hirsute.
4 Loc. fig. (1842; fam.). Avoir du poil aux yeux, (1875; trivial), avoir du poil au cul : être courageux, viril. — ☑ (1808). Fam. Avoir du poil (vieilli), un poil dans la main : être très paresseux. || Il a un poil dans la main qui lui sert de canne, il a un sacré poil dans la main.
15 Gervaise s'amusa à suivre trois ouvriers (…) qui se retournaient tous les dix pas; ils finirent par descendre la rue, ils vinrent droit à l'Assommoir du père Colombe. — Ah bien ! murmura-t-elle, en voilà trois qui ont un fameux poil dans la main !
Zola, l'Assommoir, t. I, II, p. 47.
Par allus. au velours à trois poils, de bonne qualité. → ci-dessous, 6.(1659). Vieilli. Un brave (cit. 6, et supra cit. 4) à trois poils. — ☑ (1896). Fam. Tomber sur le poil (à, de qqn) : se jeter brutalement sur qqn pour l'attaquer, ou l'arrêter, ou simplement l'aborder d'une manière importune. || Il m'est tombé sur le poil comme je sortais de chez moi.
(1834). Vx. Faire le poil à qqn, le dépouiller de son argent, le rouler, ou encore le surpasser.
16 Jamais personne n'a fait le poil à Gaudissart, à l'Illustre Gaudissart. Oui, jamais personne ne m'a enfoncé, et l'on ne m'enfoncera jamais, dans quelque partie que ce soit (…)
Balzac, l'Illustre Gaudissart, Pl., t. IV, p. 21.
17 C'était, au reste, un fait hors de discussion, qu'il était connaisseur en temps mieux que l'Observatoire en personne et que là-dessus il n'était âme qui vive capable de lui faire le poil.
Courteline, le Train de 8 h 47, II, I.
(1837). Vx. Refaire le poil à qqn, le duper.
18 Ah ! le chien, il s'y connaît, dit madame Madou. On ne peut pas lui refaire le poil.
Balzac, César Birotteau, Pl., t. V, p. 401.
Fam. Faire changer le poil (vx), faire dresser le poil à qqn, le corriger par des coups, des réprimandes. — ☑ Ça a changé de poil ! : cela a pris meilleure apparence.
(1693). Reprendre du poil de la bête : « chercher son remède dans la chose même qui a causé le mal » (Académie, 1694). Mod. Se ressaisir, reprendre de l'énergie, du courage. Bête (cit. 22).
19 Fort amusé de trouver, dans le Ve livre de Pantagruel, chap. XLVI, l'expression anglaise : « reprendra-t-il du poil de ce chien qui le mordit » — qui, chez nous, devint : « reprendre du poil de la bête », et prit bientôt un sens tout différent.
Gide, Journal, 15 oct. 1942.
(1611). Vx. Être au poil et à la plume : savoir tout faire (comme les chiens dressés au poil et à la plume, c'est-à-dire à chasser tout gibier).
(1665). De tout poil (allus. aux bêtes de tout pelage) : de toute espèce, en parlant des gens. || Ils reçoivent des gens de tout poil. (On écrit parfois tous poils).
20 (…) il imaginait par avance les embrassades généreuses des pacifistes et des socialisants de tous poils (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 142.
21 Il évoquait les ratés de tout poil qu'il avait pu connaître.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IX, XIII, p. 108.
(XIXe). Fam. À poil : tout nu (de monter un cheval à poil. → ci-dessus, cit. 4). || Se mettre à poil et se jeter dans l'eau. || Être à poil. || Femme à poil.
22 Le blond s'est mis à poil; il est dur et velu, avec de gros muscles en boule.
Sartre, la Mort dans l'âme, p. 228.
À poil !, s'emploie comme invective pour huer qqn (→ Au vestiaire !, tout nu !).
22.1 Des huées terribles l'accueillirent (…)
— À bas Pommard !
— À poil !
René Fallet, le Triporteur, p. 357.
(Un poil, évoquant l'insignifiance). ☑ À un poil près : à très peu de chose près. — ☑ (1926). Il s'en est fallu d'un poil, de très peu. Cheveu (d'un cheveu).Par ext. || Un poil plus grand, plus petit : un petit peu… || Pas un poil : pas du tout.
22.2 Je suis pas superstitieux un poil.
Céline, Guignol's band, p. 85.
(1907). Fam. Au poil (avec une valeur adverbiale) : tout juste, exactement. || Il est arrivé au poil. || Ça marche au poil. || C'est au poil. || Ça a bien marché ? Au poil ! — ☑ (1907). Au petit poil, au quart de poil.
23 Je l'ai eu, mon train de sept heures quinze, quand même, mais au poil.
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 372.
24 On vérifiait au poil sa mitrailleuse.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XVI, XXVII, p. 258.
24.1 Tu sais, y (sic) sait de quoi y parle. Il a déjà réussi trois évasions au petit poil.
J. Becker et J. Giovanni, le Trou, in l'Avant-Scène, no 13, p. 16.
(Dans un sens plus large, avec une valeur d'adjectif).Fam. Être au poil, très bien, très satisfaisant. || Son nouvel appartement est au poil.(Parfois avec une nuance d'ironie amusée). || Elle est au poil, cette fille-là ! (→ fam. Elle est marrante).Exclam. || Au poil ! : parfait !
25 Pas question de changer de politique étrangère. Celle qu'on a choisie est au poil.
M. Aymé, la Tête des autres, IV, 5.
26 — C'est au poil ! murmura l'un des jumeaux, qui se nommait Louis-César. — Au petit poil ! répéta mezza voce Osmond, l'autre jumeau.
Michel de Saint-Pierre, les Aristocrates, I.
(1833, E. Corbière, in D. D. L.). Fam. De bon (mauvais) poil : de bonne, de mauvaise humeur (p.-ê. par allus. à la bête qui a mauvais poil. → ci-dessus, supra cit. 2).
27 Monsieur Pascal, ne mêlez pas Dietrich à cette histoire. Il n'est déjà pas de bon poil. Pas plus tard qu'avant hier, il m'a démoli le piano.
Francis Carco, les Belles Manières, II, VIII.
28 Mathieu avait la tête lourde et douloureuse comme s'il avait bu. — Tu as l'air de mauvais poil, dit Pinette. — Je suis de mauvais poil, dit Mathieu.
Sartre, la Mort dans l'âme, p. 98.
(1849, Mérimée, in D. D. L.). Fam., vx. Donner un poil à qqn : le réprimander vigoureusement. Savon.
5 (1600). Chacun des filaments très fins qui apparaissent sur les organes (de certaines plantes). || Les poils sont des prolongements unicellulaires ou pluricellulaires de l'épiderme. || Plante qui présente des poils ( Pubescent; cilié, hispide, velu; bourre, duvet, laine), qui est couverte de poils ( Pilosisme). || Touffe de poils. Aigrette. || Poils du fond d'artichaut. Foin. || Poils excréteurs, urticants. || Poils de graines utilisés comme fibres végétales. Coton (cit. 3), kapok.(Déb. XXe). || Poils absorbants : poils qui couvrent une partie de la racine et puisent dans le sol la nourriture de la plante.
(1890, in D. D. L.) || Poil à gratter : bourre piquante des fruits du rosier ( Gratte-cul) que l'on vend chez les marchands de farces et attrapes. || Mettre du poil à gratter dans le lit de qqn.
29 Je ne les reconnus pas aussitôt pour des punaises et crus d'abord qu'un mauvais farceur avait couvert mes draps de poil à gratter.
Gide, Si le grain ne meurt, II, I, p. 297.
6 Petit filament délié à la surface (de qqch.). Fibre. Spécialt. Partie velue (d'un tissu, d'un vêtement) provenant de poils animaux, végétaux ou d'autres fibres. || Feutre (cit. 1) à grands poils (→ Invraisemblable, cit. 3). || Les poils d'un tapis. || Lisser le poil d'un tissu (→ Draper, cit. 1).Enlever le poil des draps. Tontisse, tonture.
30 D'émoi Ginette laisse tomber du gâteau sur la carpette (…) Et elle gratte la crème avec sa cuiller, en rebroussant les poils du tapis.
R. Queneau, Loin de Rueil, p. 118.
Techn. Fil (de soie, de coton). || Velours à 6 poils. || Velours à trois poils, tissé à trois fils de soie. aussi Floche.Absolt. Soie grège filée à plusieurs brins.(1869). || Chaîne à poil, ou poil : chaîne supplémentaire pour former des effets apparents. || Poil traînant (effets façonnés).
Première torsion donnée au fil grège.
(1663). || Poil de chèvre : étoffe où se mêlent la laine (pour la trame) et le coton (pour la chaîne).
7 Techn. Se dit de différentes qualités d'ardoises. || Poil noir, poil roux.
8 (1875). Techn. Défaut d'un gemme qui montre en transparence une trace filiforme.
DÉR. Poiler (se), poileux, poilu. — (Du même rad.) V. Pelage, pilaire, pileux.
COMP. Contre-poil, passepoil, rebrousse-poil (à).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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